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Quand le 19 Million Project joue au football

Posted:
12 November 2015

Author:
Abdalah Soidri

Quand le 19 Million Project joue au football

En marge des conférences et des sessions de travail du 19 Million Project, mercredi soir 11 novembre était organisé un match de football entre les participants du séminaire et une équipe composée de migrants, prisonniers et étudiants, l'Atletico Diriti.

Calée entre le derby romain et le match amical de l'équipe nationale italienne, cette rencontre est un moment de partage autour d'un sport, où les barrières comme les origines et la langue n'existent pas. À quelques minutes du coup d'envoi de la rencontre entre l'Atletico Diriti et l'équipe du 19 Million Project, les derniers spectateurs arrivent au stade. Ils admirent en entrant les ruines de l'aqueduc qui surplombent le terrain, traces d'une civilisation plus portée sur les combats de gladiateurs que les jeux de ballon. Si ce vestige de l'antiquité offre un cadre magnifique, il apporte aussi du charme à un stade aux installations vieillissantes. Côté terrain, c'est sur un stabilisé – l'équivalent de la terre battue des courts de tennis – que les joueurs devront s'affronter.

À l'arrivée sur cette surface rougeâtre, les joueurs de l'Atletico Diriti, maillots et shorts blancs, sont déjà en place. En face d'eux, leur adversaire du jour, l'équipe du 19 Million Project. Pas de short commun à toute l'équipe, seulement ce chasuble jaune – semblable aux gilets de la prévention routière – porté par dessus le tee-shirt noir officiel du séminaire. Côté équipements les joueurs romains sont mieux lotis que les journalistes et autres designers. Il suffit de voir les chaussures qu'ont les hommes des deux camps pour s'en rendre compte : chaussures de foot adaptées à la surface pour les locaux, « sneakers » de ville pour les visiteurs. Quelques minutes avant le coup d'envoi, les protagonistes prennent une photo de groupe, comme avant un match officiel. Tout sourire sur le cliché, ils affichent l'état d'esprit qui régnera tout au long de cette belle soirée d'automne.

Un match à sens unique

Il est un peu plus de 20h quand le match commence enfin. La chaleur de la journée a laissé place à une fraîcheur nocturne idéale pour une partie de football. Engagement de la part de l'Atletico Diriti. Après quelques secondes de jeu ils effectuent leur première incursion dans le camp adverse. Première frappe, premier but : le début d'une longue série. Pas besoin pour les joueurs en blancs d'afficher un niveau de jeu exceptionnel tant l'opposition est faible. Il est en effet bien difficile pour une équipe qui ne se connaît que depuis quelques heures, qui parle quatre langues sur le terrain – anglais, italien, français, espagnol – de rivaliser avec une équipe qui joue ensemble deux fois par semaine, et communique essentiellement en italien. L'issue du match ne fait aucun doute, seul le score à l'issue de celui-ci reste indécis.

Encouragements et interviews sur la touche

Pendant que les journalistes courent dans tous les sens pour tenter de récupérer le ballon, de l'autre côté de la ligne de touche, les supporters ne perdent pas une miette. Dès que leurs collègues de travail s'approchent des cages adverses, ils poussent des cris d'encouragement. En vain. Une frappe seulement s’avérera dangereuse, obligeant le gardien de l'Atletico Diriti à effectuer sa seule parade du match. Une journaliste libanaise qui assiste à la rencontre remarque le bon niveau d'un joueur de 19 Million. « Il joue bien », dit-elle, en désignant ce joueur portugais, journaliste à Fusion. Il est malheureusement bien trop seul. Cela n'empêche pourtant pas les spectateurs d'apprécier la rencontre qui se déroule dans une ambiance bon enfant. On se moque gentiment de ses camarades tout en soulignant la qualité de jeu des joueurs de la capitale italienne.

Alors qu'une grande partie du public regarde d'un œil amusé le match, d'autres en profitent pour travailler. C'est le cas par exemple d'une journaliste américaine qui souhaite réaliser des interviews de joueurs de l'Atletico Diriti. Elle s'adresse à l'un d'eux, d'origine sénégalaise qui ne s'exprime qu'en français ou en italien. « Y-a-t-il des personnes qui parlent français ? », demande t-elle, afin d'assurer la traduction. Camille, 21 ans, une française en stage depuis quatre mois à Rome, se propose de jouer les traductrices.

Un résultat anecdotique

Retour au terrain. Il y a déjà 6-0 pour l'Atletico après quelques minutes de jeu seulement. Le match est à sens unique. Malgré le score avantageux certains joueurs insistent sur le manque de réalisme de quelques-uns de leur coéquipiers. « Finition, finition ! », crie l'un deux en français à un autre de ses équipiers francophones. Au début de la deuxième mi-temps, les joueurs de 19 Million arrivent à limiter la casse avant de plier finalement sous les actions répétées des Romains. Fin du match. Le score exact est inconnu, il sera arrondi à 10-0 après que l'arbitre ait arrêté de compter. Mais l'essentiel est ailleurs. À la fin d'une rencontre qui ressemblait plus à un match d'entraînement, les joueurs des deux équipes se sont regroupés pour faire des photos ensemble, souvenir d'une soirée mémorable.

Si le résultat de la rencontre est anecdotique, ce match a prouvé à quel point le football pouvait être fédérateur. Venus apporter leur soutien aux réfugiés jouant dans l'équipe romaine, les participants du 19 Million Project ont parlé pendant deux mi-temps le même langage que leur « adversaire » du soir, le football.